Ce matin, la presse italienne a annoncé le décès de Son Altesse Royale le prince Amedeo de Savoie, duc d’Aoste, à l’âge de soixante-dix-sept ans, survenu à Arezzo. Le fils de l’éphémère roi Tomislav II de Croatie (né prince Aimone de Savoie) et de la princesse Irène de Grèce et de Danemark, était considéré par une partie des monarchistes italiens, comme le duc de Savoie, chef de la maison du même nom et de jure, le roi Amédée X.

Pour nous, monarchistes français, le décès du duc d’Aoste est également quelque chose de triste, n’oublions pas que le prince fut le premier mari de la princesse Claude de France, tante de Monseigneur le comte de Paris. Une union célébrée au Portugal, scellant pour une troisième génération les liens entre la maison de France et la maison de Savoie. Des liens qui remontent au XVème siècle, une amitié jamais démentie depuis entre ces deux dynasties, à tel point que nous pourrions qualifier la maison de France et la maison de Savoie de dynasties sœurs.

Le premier lien entre les deux familles souveraines remontent au mariage du dauphin Louis de France, futur roi Louis XI (1423-1483) avec Charlotte de Savoie (1441-1483), fille du duc Louis Ier et de la princesse Anne de Chypre. Un mariage, que notre roi Charles VII voyait d’un mauvais œil. Mais le dauphin étant en révolte contre l’autorité de son père, et habitant alors dans le Dauphiné, il passera outre l’avis de son père, et il épousera Charlotte de Savoie le 9 mars 1451. De cette union naquirent, outre notre futur roi Charles VIII, deux princesses de France, qui servirent de modèles à des générations de filles de France : sainte Jeanne de France (canonisée en 1950 et dont on commémore le souvenir chaque 4 février), et Anne de Beaujeu, qui exercera la régence au nom de son frère mineur, au saura maintenir le prestige de l’autorité royale face aux velléités de plusieurs princes du sang.

Quelques décennies plus tard, en 1488, Louise de Savoie, fille du duc Philippe II, épousa Charles d’Orléans, comte d’Angoulême, cousin du roi Louis XI. De cette union est née le roi François Ier. Louise de Savoie, qui exercera plusieurs fois la régence au nom de son fils, préservera les intérêts de la France, y compris lors des moments critiques comme la captivité de son fils. Grâce à son talent de négociatrice, la France évitera d’être amputée de plusieurs provinces.

Mariage de la princesse Claude de France et du duc Amedeo de Savoie, le 22 juillet 1964

Deux siècles plus tard, la princesse Christine de France (1606-1663), deuxième fille du roi Henri IV, sera mariée en 1619, au duc Victor-Amédée I er de Savoie (1587-1637), dont on obtient le ralliement aux intérêts de la France contre l’Autriche. Leur fils, Charles-Emmanuel II (1634-1675), épousera sa cousine germaine, mademoiselle de Valois (Françoise-Madeleine d’Orléans, 1648-1664), fille de Monsieur (Gaston d’Orléans), inaugurant la longue série des mariages entre les princesses d’Orléans et les princes de Savoie. Du second mariage, Charles-Emmanuel II sera le père du duc Victor-Amédée II (1666-1732) qui épousera une autre mademoiselle de Valois (Anne-Marie d’Orléans, 1669-1728), nièce de Louis XIV. Leur fille Marie-Adélaïde (1685-1712) sera une éphémère dauphine de France, en épousant le duc de Bourgogne, aîné des petits-fils de Louis XIV, apportant à la cour de Versailles une jeunesse et une gaieté qui enchanta le roi pour ses dernières années. Son décès, de la rougeole, attristera énormément le roi Louis XIV.

Sous le règne de Louis XV, la France se détacha de l’Autriche après la chute de Choiseul, et l’intérêt de la France commandait de se rapprocher du royaume de Sardaigne (les ducs de Savoie obtiendront ce royaume à l’issue de la guerre de succession d’Espagne). Entre 1771 et 1775, trois des petits- enfants de France : le comte de Provence (futur Louis XVIII) épousera la princesse Marie-Joséphine (qui décèdera avant la Restauration), le comte d’Artois (futur Charles X) sera marié à la princesse Marie-Thérèse (qui décèdera également en exil), et le roi Charles-Emmanuel IV obtiendra la main de la princesse Clotilde de France. Des alliances avec la maison de Savoie qui aideront la famille royale en exil : sous le titre d’incognito de marquis de Maisons, le futur Charles X séjournera dans sa belle-famille au début de l’émigration.

La princesse Hélène de France (1871-1951) et le prince Emmanuel-Philibert de Savoie, 2e duc d’Aoste (1869-1931)

Un siècle plus tard, c’est une jeune fille de France, la princesse Hélène de France (1871-1951), fille de Philippe VII, comte de Paris, qui va renouer l’alliance des Orléans avec l’Italie. En effet, la princesse fut d’abord éprise du prince Albert-Victor, duc de Clarence (1864-1892), héritier en second du trône de Grande-Bretagne. Le comte de Paris ne pouvait accepter que sa fille se convertisse à l’anglicanisme, condition sine qua non pour que l’éventuelle postérité de ce mariage soit dynaste Outre-Manche. La fille de l’héritier des rois très chrétiens, fils aîné de l’Église, devenir anglicane ? Impensable. Quelques années plus tard, le francophile empereur Alexandre III de Russie, souhaitait renforcer l’alliance entre son pays et le nôtre, en proposant le mariage du grand-duc héritier Nicolas Alexandrovich (le futur tsar Nicolas II) avec Hélène. Là non plus, le mariage ne se fera pas, le cœur du grand-duc héritier étant déjà pris par la princesse Alix de Hesse.

Finalement, la princesse Hélène sera mariée au prince Emmanuel-Philibert de Savoie, 2 e duc d’Aoste (1869-1931), fils de l’éphémère roi Amédée Ier d’Espagne. La nouvelle duchesse d’Aoste travaillera de nombreuses années au sein de la Croix-Rouge italienne. Leur fils aîné, le prince Amédée (1898-1942), qui sera tour à tour, duc des Pouilles, 3 e duc d’Aoste et vice-roi d’Ethiopie, sera un grand ami de Henri VI, comte de Paris. Il épousera sa sœur, la princesse Anne de France (1906-1986), en 1927, et sera témoin lors de son mariage en 1931 avec la princesse Isabelle d’Orléans-Bragance. Son décès en 1942 sera un choc pour toute sa famille, Savoie comme Orléans, et le comte de Paris restera toujours très proche de ses nièces Marguerite (aujourd’hui archiduchesse douairière d’Autriche-Este et mère du prince Lorenz de Belgique) et Marie-Christine (princesse Casimir de Bourbon-Siciles).

Le mariage de la Princesse Anne de France et du Prince Amedeo de Savoie, fils ainé du Duc et de la Duchesse d’Aoste, est célébré le 5 novembre 1927

Le comte de Paris sera également tout aussi proche du roi Umberto II d’Italie, qui vivra en exil au Portugal également. Le roi Umberto acceptera d’être le parrain du dernier enfant des comtes de Paris, le prince Thibaut de France, comte de la Marche (1948-1983). Le roi d’Italie en exil remettra également le collier de l’ordre suprême de l’Annonciade au comte de Paris, en 1948, en même temps qu’au prince héritier Rupprecht de Bavière, le roi Paul de Grèce et Ferdinand III, duc de Calabre.

Madame, dans Tout m’est bonheur, raconte d’ailleurs que son mari le comte de Paris s’était imposé comme règle, depuis 1931, de ne porter aucune des décorations qu’il possédait. Il ne fera qu’une seule exception, lors d’une cérémonie dédiée à sainte Jeanne de France, fille de Louis XI, en présence du roi Umberto II. Le comte de Paris, pour lui faire plaisir, porta alors le collier de l’ordre de l’Annonciade.

Lors du mariage du futur roi Juan Carlos I er avec la princesse Sophie de Grèce, le comte et la comtesse de Paris furent invités avec leurs filles Anne (demoiselle d’honneur au mariage) et Claude. Lors des festivités, la princesse Claude de France rencontra son cousin, le prince Amedeo, duc d’Aoste. Une idylle naît alors, qui se concrétisera par un mariage au Portugal. De cette union naîtront trois enfants : Bianca, Aimone et Mafalda. Comme beaucoup de couples, y compris au sein des familles royales, le mariage du prince Amedeo et de la princesse Claude ne tiendra pas, et se concrétisera par un divorce en 1982 et une déclaration de nullité religieuse par la Rote romaine en 1987. Chacun des deux refera sa vie de son côté. Signalons également le mariage du prince Aimone, nouveau duc d’Aoste, avec la princesse Olga de Grèce, fille du célèbre prince-écrivain Michel de Grèce, cousin germains des enfants de France.


Matthias Samyn