La Cour des comptes a pointé dans un rapport le coût des futurs travaux à réaliser par l’Institut de France dans le domaine de Chantilly. La Cour des comptes est loin d’être satisfaite. Après avoir fait part, déjà, de leurs inquiétudes quant à la situation financière de l’Institut de France et de ses académies en 2015, les magistrats tirent à nouveau la sonnette d’alarme dans un rapport rendu public le jeudi 15 juillet. Ils s’inquiètent de l’état du patrimoine à la charge de l’institution en général et celui du domaine de Chantilly en particulier. Selon la Cour des comptes, des travaux d’amélioration s’étendant entre 2020 et 2024 sont estimés à 17,4 millions d’euros. À cela s’ajoute une «restauration exceptionnelle, qui est celle du clos et du couvert du château d’Enghien, à hauteur de 4,5 millions ».

Suite à la publication de ce rapport de la Cour des Comptes,  Le Canard Enchaîné rapporte ce 21 juillet, la démission ; quinze jours à peine après sa prise de fonction ; de Didier Selles, nommé administrateur du domaine de Chantilly… Une démission inquiétante, comme les extraits de la lettre qu’il a envoyé au Chancelier de l’Institut de France, Xavier Darcos, le démontrent.

L’un des points majeurs de désaccord de l’ex-nouvel administrateur était le sort réservé au château d’Enghien (un bâtiment annexe faisant face au château de Chantilly), que l’Institut aimerait transformer en hôtel de luxe, suivant ainsi l’exemple de Versailles et de la concession de l’hôtel du Grand Contrôle. Or, ce projet, semble élaboré de manière plutôt discutable, tant sur les conditions de l’appel d’offre, que sur le montant absolument dérisoire demandé par l’Institut à une société privée, pour lui accorder, une concession d’exploitation des lieux d’une cinquantaine d’années.

Cette concession ne permettrait même pas de couvrir le coût de restauration du château d’Enghien estimé à 4,5 millions d’euros, une somme que l’Institut demande désormais au ministère de la Culture et à celui des Finances, alors que cette somme aurait dû être couverte par le concessionnaire.

Un autre point n’est pas abordé dans la lettre de Didier Selles à Xavier Darcos qui, à terme, devrait poser au moins autant de problèmes déontologiques. L’Institut ne rêve en effet que d’une chose : casser le testament du duc d’Aumale interdisant notamment le prêt des œuvres. On ne peut que s’inquiéter du sort de ces collections si l’Institut pouvait en disposer à sa guise, et même de celui du reste du domaine dont l’intégrité voulue par le duc d’Aumale ne serait plus assurée.

Comme Didier Selles l’écrit : « Il aurait fallu également, comme nous y invite la Cour des comptes, s’interroger sur le modèle économique du Domaine dans la fidélité à son histoire et au testament du duc d’Aumale. Or ce modèle ne peut reposer sur la privatisation toujours plus considérable d’espaces, dont cette opération d’hôtel de luxe est l’acmé. Le Domaine est un lieu qui appartient à tous, ainsi que l’a voulu le duc d’Aumale, il doit servir à l’édification des générations futures et ne peut continuer à être mise à l’encan pour des intérêts privés ». La conclusion est encore plus claire : « Le modèle économique du Domaine de Chantilly doit reposer, comme pour Fontainebleau, Versailles et d’autres châteaux musées, sur une subvention socle importante de l’État ou de la Région qui, en contrepartie d’engagements forts sur le développement des publics, la politique scientifique, la préservation et la mise en valeur de ses collections et de son patrimoine, la recherche de mécénats etc. lui permettent de s’inscrire à sa place, l’une des premières en France, comme un joyau de notre patrimoine national, ouvert à tous les publics. Pour ce faire, il faudrait également mettre en place une autonomie forte du Domaine, voire la création d’un établissement public, au sein duquel l’Institut serait représenté en tant que propriétaire, même s’il ne dispose manifestement ni des moyens ni des compétences pour s’en occuper. »

 

Cette démission de Didier Selles, démontre que les problèmes financiers du Château de Chantilly sont dus, en grand partie du fait que L’institut de France, propriétaire du Château, s’est désintéressé pendant des décennies de la gestion financière de son bien ne voyant dans le château, le musée et le domaine de Chantilly, qu’un actif qu’il s’agit de louer ou de vendre, raison pour laquelle il rêverait de casser le testament du duc d’Aumale. Car lorsque le prince Henri d’Orléans, lègue le domaine de Chantilly et ses précieuses collections en 1886 à l’Institut de France, son testament précise clairement que ce legs est effectué sous réserve, que le musée Condé soit ouvert au public, que les collections duc d’Aumale ne puissent jamais être prêtées, et que la présentation des collections minutieusement organisées par le prince reste éternellement inchangée.


Sources : La Tribune de l’Art & Oise-Hebdo